Introduction à la culture berbère

Femme berbère, 1921
Jacques Majorelle

Après la création de l’Institut Royal de la Culture Amazighe en 2001, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a évoqué, dans son discours du 9 mars 2011 : «La pluralité de l’identité marocaine unie et riche de la diversité de ses affluents, et au cœur de laquelle figure l’amazighité, patrimoine commun de tous les Marocains».

La nouvelle Constitution marocaine, adoptée en juillet 2011, officialise la langue amazighe.

C’est dans ce contexte que le Jardin Majorelle concrétise son projet longuement mûri et ouvre son musée berbère. Installé dans l’atelier conçu par Paul Sinoir en 1931 pour Jacques Majorelle, la collection personnelle de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent y est présentée au public.

« Depuis mon arrivée à Marrakech en 1966, je n’ai cessé d’être fasciné par la culture et l’art berbères. Au cours des années, j’ai collectionné, admiré cet art qui s’étend sur plusieurs pays à la fois. À juste titre, les Berbères ont toujours été fiers de leur culture qu’ils n’ont cessé de revendiquer malgré les vicissitudes qu’ils rencontraient. À Marrakech, pays berbère, dans le Jardin Majorelle créé par un artiste qui a peint tant de scènes, d’hommes et de femmes berbères, c’est naturellement que l’idée de ce Musée s’est imposée. »  Pierre Bergé

Carte du Royaume du Maroc © Jardin Majorelle

Les Imazighen (singulier Amazigh) ou Berbères sont les habitants de l’Afrique du Nord dont ils forment le fondement. Objet de mythes, de légendes et d’histoires, leur origine remonte aux Proto-méditerranéens d’il y a plus de 9000 ans. Ce qui fait leur unité, c’est avant tout leur langue et leur diversité culturelle, qu’ils ont entretenues, à l’image de leur terre, à la fois africaine et méditerranéenne.

Berbère, Moyen Atlas, région de Midelt.

Au Maroc, ils offrent cette même caractéristique, reflet d’une nature diverse et d’une longue histoire tumultueuse. En contact avec les peuples de la Méditerranée, les Berbères créent des royaumes auxquels échappe souvent un large territoire où s’organisent parallèlement des communautés tribales puissantes, démocratiques et belliqueuses. Ces deux aspects de l’organisation sociopolitique ont marqué l’histoire récente, deux fois millénaire, du pays. À l’inverse des royaumes antiques, païens et méditerranéens, et des premières principautés hétérodoxes, les empires berbères sont musulmans et continentaux. Le judaïsme se maintient et l’islam sunnite, majoritaire, prend progressivement une coloration berbère, avec ses confréries, ses zaouïas, ses marabouts et ses rites.

La culture berbère trouve ses origines dans la lointaine protohistoire du Maroc. Elle se voit dans le lien indéfectible à la terre, le sens de la communauté, le rapport au sacré, la commensalité et l’hospitalité. Elle accueillera diverses influences qui forgeront son visage d’aujourd’hui qu’elles soient méditerranéennes, africaines, orientales, européennes ou internationales.

Alphabet officiel de l'amazighe du Maroc © IRCAM

Véritable creuset de l’histoire et de la culture du pays, la langue berbère, langue afro-asiatique, a survécu à bien des langues antiques comme le grec, le phénicien, le latin ou l’égyptien. Autrefois écrite, elle est aujourd’hui essentiellement de tradition orale. Elle a fait jusqu’à maintenant l’objet d’une forte érosion mais elle est encore parlée par une bonne partie des Marocains. Véritable signe d’identité, elle cristallise les revendications et déchaîne les passions. La reconnaissance récente de la berbérité du pays semble augurer de la volonté de sa préservation pour les générations futures, y compris son alphabet dit tifinagh, plusieurs fois millénaire.

L’exposition s’articule autour de trois sections :  (1) les savoir-faire matériels et immatériels qui transforment divers matériaux en objets et ustensiles usuels ou cérémoniaux ; (2) les parures qui présentent une collection de bijoux illustrant
les croyances et les savoirs accumulés depuis des millénaires ; (3) l’apparat que donnent à voir les costumes, les armes, les tissages, les portes décorées des demeures. Les objets invitent au voyage à travers l’art berbère des régions rurales du Maroc. Ils témoignent de la riche diversité et de la créativité de cette culture.