Jacques Majorelle au Maroc

Jacques Majorelle peignant

Jacques Majorelle est né à Nancy en 1886 ; il est le fils du célèbre ébéniste Louis Majorelle, cofondateur de l’école de Nancy avec Émile Gallé.

Il a ainsi grandi dans un bel univers artistique, au milieu des dessinateurs, ébénistes et marqueteurs des ateliers de son père, en plein mouvement de « l’Art Nouveau » qui s’inspirait beaucoup, notamment, des formes existant dans la nature, et il en gardera une grande sensibilité pour le règne végétal.

Après trois années d’études d’architecture, selon le souhait de son père, il décide de consacrer sa vie à sa première passion, la peinture, et sera formé à l’école des Beaux-arts de Nancy puis à l’Académie Julian de Paris. Des voyages en Bretagne, en Espagne et en Italie lui font par la suite découvrir le pouvoir de la lumière. Sa fascination pour le monde de l’Islam et sa culture viendra de sa découverte de l’Égypte en 1910 ; il y vécut presque quatre ans.

C’est en 1917, après avoir été démobilisé pour raison de santé, qu’il arrive au Maroc, invité par le Général Lyautey, proche ami de son père. Il fuit rapidement le climat humide de Casablanca et s’en va découvrir Marrakech, la ville-oasis dont les couleurs, la lumière et « les souks éclaboussant de vie féconde et heureuse » l’envoûtent immédiatement. Après en avoir fait, pendant quelques années, son point de départ pour de nombreux voyages en Afrique, il s’y installe définitivement, avec sa femme Andrée Longueville épousée en 1919, d’abord dans une petite maison de la médina non loin de la place Jemâa el Fna, puis au palais du pacha Ben Daoud.

Affiche par Jacques Majorelle

Après avoir commencé à peindre, dès 1917, des scènes de rue de la ville de Marrakech, des portraits également comme, en 1918, celui du Glaoui, entre 1919 et 1930, Jacques Majorelle accomplit huit grands voyages dans le sud du Maroc qui lui donnent les thèmes de ses peintures de villages ou de souks et précèdent la publication d’un album sur les casbahs. Le carnet de route de son voyage de 1922 sera le seul texte qu’il publiera, sous le titre « Jacques Majorelle, Carnet de route d’un Peintre dans l’Atlas et l’Anti-Atlas ».

 

Villa Bou Saf Saf

Des expositions en France comme au Maroc, où la première a lieu dès 1918 à l’hôtel Excelsior de Casablanca, font connaître ses « premières visions marocaines », « la vie, qui s’offrait à lui sous des couleurs inusitées », ses grandes toiles sur la vie des villages avec leurs casbahs aux sobres formes géométriques stylisées, « rehaussées de métaux », or et argent, en un procédé nouveau qui vient « renouveler l’art », sa « peinture, à la fois exotique et documentaire » ; plus tard ses nus noirs, réalisés à partir de 1930, avant de revenir aux sujets marocains avec une technique et une inspiration transformées pour des compositions réalistes et désormais un « art soucieux de l’humain ».

En 1923, Jacques Majorelle achète un terrain d’environ 1,6 hectares, situé à la limite de la palmeraie de Marrakech. L’endroit est planté en partie de peupliers qui révèlent la présence d’eau et suggèreront à l’artiste le nom de sa nouvelle propriété, Bou Saf Saf.

Borj que Majorelle fit construire en arrière de sa villa, circa 1924.

Avant d’agrandir son domaine, jusqu’à près de 4 hectares, en achetant d’autres parcelles, il y fait construire une maison au style mauresque sobre, puis des ateliers logés dans une autre bâtisse de style berbère avec sa haute tour en pisé, le Borj. En même temps que sa peinture, il s’y lance dans l’art décoratif, en faisant réaliser des pièces d’artisanat, maroquinerie fine ou menuiserie et meubles en bois peints ; le plafond d’un restaurant de la Mamounia, aux motifs inspirés de l’art berbère, est ainsi son œuvre. Il compose aussi des affiches de tourisme qui promeuvent la destination Maroc.

 

 

L'atelier dessiné par Paul Sinoir, circa 1931

En 1931, il fait appel à l’architecte Paul Sinoir pour lui concevoir une villa cubiste, bâtie près de sa première maison ; son atelier en occupera le rez-de-chaussée, il y peint ses grands décors, et il s’aménagera au premier étage un studio dans lequel il finit par vivre le plus souvent. Des balcons et une pergola d’inspiration arabe viendront transformer la construction en 1933.

Autour de sa demeure, Jacques Majorelle, passionné de botanique, va créer un jardin luxuriant qui sera son tableau le plus éclatant. Pendant près de quarante ans, il continuera à l’enrichir de nouvelles variétés de plantes venues des cinq continents pour en faire « une cathédrale de formes et de couleurs », « un jardin impressionniste ».

Ce lieu magique est aussi un « jardin ogre vorace », à l’entretien dispendieux, et l’artiste, qui avait déjà dû l’ouvrir au public  moyennant un droit d’entrée en 1947, sera contraint de le morceler lors de son divorce en 1956. S’il retrouve le bonheur avec sa seconde compagne, Maïthé, il est aussi victime d’un grave accident de voiture en 1955 ; les nombreuses opérations et l’amputation de sa jambe gauche aggraveront sa situation financière au point de le contraindre, en 1961, à céder sa part du jardin et la villa-atelier. Après un deuxième accident quelques mois plus tard, Jacques Majorelle est évacué en France, où il s’éteint à Paris en octobre 1962, sans avoir revu Marrakech. Il repose à Nancy, au côté de son père.